
Le soutien à domicile s’impose aujourd’hui comme une exigence sociétale et un droit fondamental. Selon le sondage Segma commandé par la CDA en janvier 2025, près de 80 % de la population estime que les aînés devraient pouvoir recevoir des soins et des services à domicile, peu importe leur lieu de résidence, et 75 % souhaitent que ce droit soit inscrit dans la loi. Le message est sans équivoque : le soutien à domicile n’est pas un service accessoire, mais une condition essentielle de la dignité, de l’autonomie et du respect des personnes aînées.
Pourtant, malgré ce consensus, les réalités vécues demeurent profondément inégales. Logement, accès aux soins, aide à domicile, mobilité : ces enjeux prennent des formes différentes selon les territoires, avec une acuité particulière en milieu rural, où la rareté des services, les distances et la fragilité des ressources accentuent les vulnérabilités. Répondre à ces défis ne peut passer par des solutions uniformes. Cela exige des approches ancrées dans les réalités locales, coconstruites avec les aînés, leurs proches et les acteurs du milieu, afin de tenir compte des forces, des contraintes et des dynamiques propres à chaque communauté.
La recherche-action constitue à cet égard une voie particulièrement prometteuse. En plaçant les personnes aînées et les intervenants au cœur de la réflexion et de l’action, elle permet de concevoir des réponses adaptées, durables et enracinées dans l’expérience vécue. Cette approche mobilise les savoirs locaux, renforce le pouvoir d’agir des communautés et transforme concrètement l’offre de services.
C’est précisément l’ambition de la démarche Bien vieillir chez soi dans le Bas-Saint-Laurent, mise en lumière lors du troisième panel du Forum CDA. Elle vise à permettre aux aînés de demeurer le plus longtemps possible à domicile en innovant et en adaptant l’offre de services à leurs réalités. Pour y parvenir, elle cherche à améliorer et à transformer les services institutionnels, municipaux et communautaires en les décentralisant, en les arrimant et en les ajustant grâce à la mobilisation des communautés et des personnes aînées elles-mêmes.
La démarche régionale déploie ainsi huit projets de recherche-action innovants, coconstruits avec des personnes aînées, des proches aidantes, des chercheuses et des organisations du territoire. Ces projets adaptent et bonifient les services dans les milieux de vie tout en produisant des connaissances réinvesties au bénéfice du territoire. Ils démontrent que la coconstruction avec les aînés et les acteurs du terrain est non seulement possible, mais essentielle pour bâtir des solutions à la hauteur de leurs droits, de leurs attentes et de leur dignité.
Le panel abordera notamment l’une de ces initiatives, Adaptons le domicile, qui porte sur les défis liés à l’adaptation de la salle de bain. De nombreuses personnes aînées et leurs proches éprouvent des difficultés à choisir des équipements adaptés à leurs incapacités et à leur environnement, faute d’informations et de ressources accessibles. Le recours à des technologies numériques innovantes, comme Hygiène 2.0 et MapIt, vise à faciliter cette démarche d’adaptation domiciliaire au Bas-Saint-Laurent. Cette recherche-action a pour objectif de coconstruire et d’implanter des outils d’aide à la décision et de transfert de connaissances utiles aux aînés, aux partenaires intersectoriels et aux programmes gouvernementaux québécois.